François Barbeau

Concepteur de costumes

L’exposition Costume de scène, Costume extrême, soulignait deux aspects du travail de François Barbeau : le concepteur de costumes et le chercheur sur la matière.

Pour lui, le costume n’existe que sur le corps du comédien. La scénographe Louise Campeau et la conservatrice Andrée Lemieux ont donc choisi de présenter plus de 200 images (de 1999 à 2010) sur un dispositif composé de plusieurs écrans de taille et d’orientation différentes. La photographe Suzane O’Neill a conçu, scénarisé et réalisé le montage des images de costumes de théâtre et du Cirque du Soleil.

Une quarantaine d’échantillons que les visiteurs pouvaient palper donnaient un aperçu des expérimentations faites au sein du laboratoire de recherche intégré à la Direction des unités de création costumes et accessoires (DUCCA) du Cirque du Soleil.

François Barbeau : une carrière bien remplie

Par Roxanne Martin
Doctorante en Littérature et arts de la scène et de l'écran à l'Université Laval.
Titre de sa thèse : François Barbeau, maître costumier. Une monographie

Les débuts

François Barbeau a d'abord voulu devenir comédien et se rapprocher du milieu artistique. En 1955, il s'inscrit au programme Beaux-arts du Collège Sir George Williams de Montréal (maintenant l'Université Concordia). Au cours d'un exercice, Barbeau doit dessiner des costumes pour un opéra. C'est la piqure! Le trimestre suivant, il quitte le Collège et s'inscrit à l'École de couture Cotnoir-Capponi où il apprend la coupe et la confection de vêtements.

Dans les années cinquante, Barbeau travaille comme concepteur de costumes au sein de la Troupe du Coquelicot et se joint ensuite à la Compagnie des Sept. Puis, il rencontre Paul Buissonneau, une rencontre décisive. Buissonneau décèle tout de suite chez lui un potentiel et une grande sensibilité aux tissus et à la matière et l'incite à continuer dans cette voie. Dès lors, Barbeau travaille avec lui à la Roulotte pendant près de sept ans. Parallèlement à son travail à la Roulotte, Barbeau assiste également Robert Prévost au Théâtre du Nouveau Monde et au Théâtre du Rideau Vert. En 1961, il reçoit une bourse de perfectionnement du Conseil des Arts du Canada qui lui donne la chance d'aller observer le théâtre, le cinéma et la culture en général en Angleterre, en France, en Irlande et surtout en Italie.

Pierre et le loup, adaptation de Luc Durand et Paul Buissonneau
Mise en scène : Paul Buissonneau
Théâtre de la Roulotte, 1959
Comédienne : Lucette Lorrain : Pierre
Photo © Roxanne Martin

Les premiers contrats

Dès son retour à Montréal en 1962, la carrière de Barbeau prend véritablement son envol. Le costumier est engagé pour concevoir les costumes des productions théâtrales du Théâtre du Nouveau Monde et du Théâtre du Rideau Vert.

L'École nationale de théâtre du Canada l'engage comme superviseur pour les productions des étudiants et comme professeur remplaçant. Peu à peu, Barbeau devient professeur de costumes et forme ainsi la toute première génération de scénographes et de costumiers du Québec.

De plus, le Rideau Vert lui offre, quelques années plus tard, de se joindre à la compagnie où il confectionne les costumes d'une centaine de productions, dont Les belles-sœurs de Michel Tremblay pour sa création en 1968.

L’Alcade de Zalaméa, Pedro Calderon de la Barca
Mise en scène : Georges Groulx
Théâtre du Rideau Vert, 1963
Photo © Roxanne Martin

Un artiste polyvalent

Au cours des années soixante-dix, Barbeau continue de créer les vêtements de scène de la presque totalité des productions du Théâtre du Rideau Vert.  alors qu’en En 1971, il est nommé chef de la section Scénographie de l’École nationale de théâtre du Canada. Son engagement au Rideau Vert et ses responsabilités à l’École nationale ne l’empêchent pas de travailler pour la plupart des compagnies de Montréal (Nouvelle Compagnie Théâtrale, Compagnie Jean Duceppe, Centaur,  Théâtre de Quat’sous, etc.) et de créer pour d’autres formes d’art scénique, comm l’opéra et le ballet.

Barbeau travaille aussi pour les Grands Ballets Canadiens de Montréal avec Ludmina Chiriaeff, la fondatrice, et Fernand Nault, le chorégraphe. Il a créé les costumes pour les spectacles les plus célèbres de Nault, tels que Carmina Burana présenté lors de l'Expo 67, l'opéra rock Tommy créé en 1970, ainsi que Casse-Noisette créé en 1964 avec les costumes de Solange Legendre, puis repris avec ceux de Barbeau à partir de 1987. Barbeau signe également la mise en scène de près de trente productions, en français et en anglais, du répertoire classique autant que du répertoire contemporain, européen, américain et québécois.

Arlequin, valet de deux maîtres, Carlo Goldoni
Mise en scène : Gilles Pelletier
Nouvelle compagnie théâtrale, 1972
Comédien : Yvan Canuel : Pantalon, Jean Besré : Arlequin
Photo © Roxanne Martin

Travailler à l'extérieur du Québec

Les années quatre-vingt sont des années difficiles pour les théâtres qui doivent faire face à la récession. Les difficultés financières de la plupart des compagnies les obligent à couper dans les dépenses et à sabrer les budgets des décors et des costumes. À cette époque, Barbeau dessine pour la plupart des compagnies montréalaises comme le Théâtre d’Aujourd’hui et le Théâtre populaire du Québec, tout en continuant de travailler fréquemment avec le Rideau Vert, le Théâtre du Nouveau Monde et la Compagnie Jean Duceppe. Il travaille aussi pour les productions théâtrales du Centre national des Arts d’Ottawa du Canada et le Festival de Stratford Statford Shakespeare Festival en Ontario.

Puis, Barbeau est ravi de pouvoir collaborer à deux productions françaises d’envergure. D’abord, en 1983, en créant les costumes pour la production des Estivants,de Gorki, présentée à la Comédie-Française à Paris, dans une mise en scène de Jacques Lassalle. Barbeau devient alors le premier costumier canadien à participer à une production de cette illustre compagnie. L’année suivante, il conçoit les costumes pour la production de Tartuffe, de Molière, présentée au Théâtre national de Strasbourg, encore une fois dans une mise en scène de Jacques Lassalle, et mettant en vedette Gérard Depardieu.

Des années bien remplies

Les années quatre-vingt-dix seront tout aussi remplies, sinon davantage que les années précédentes. Ayant quitté l'École nationale de théâtre du Canada en 1987, Barbeau continue cependant d'enseigner en donnant des ateliers de conception de costumes à l'Atelier BJL qu'il a lui-même fondé en 1972 avec Louise Jobin et François Laplante.

Parallèlement à ses tâches d’enseignement, Barbeau continue de créer des vêtements pour la scène, mais aussi pour le cinéma. Il faut souligner que depuis les années soixante, Barbeau a conçu les costumes de nombreux films québécois tels que Kamouraska de Claude Jutra (1973), pour lequel il a remporté un Emmy Award pour la meilleure direction artistique,et Les portes tournantes de Francis Mankiewicz (1988) pour lequel il a remporté un prix Génie pour la meilleure conception de costumes. Il a aussi conçu les costumes de Léolo, de Jean-Claude Lauzon (1992), de Nouvelle-France, de Jean Beaudin, (2005) et de Pour l’amour de Dieu de Micheline Lanctôt (2011).

Son travail est également maintes fois reconnu par ses pairs et les instances gouvernementales. Il reçoit un Masque pour la meilleure conception de costumes pour la production de Marie Stuart à la NCT en 1995 et pour celle des Feluettes produite à l’Espace GO en 2003. L’année suivante, il reçoit le Prix du Gouverneur général du Canada. Puis en 2000, en plus de recevoir le Masque honorifique de l’Académie québécoise du théâtre, il reçoit l’Ordre du Canada. Quelques années plus tard, l’UQÀM lui remet un doctorat honoris causa pour son « apport exceptionnel à l'enrichissement des arts de la scène et de la culture au Québec ».